Poésie
Par rouge le mardi 27 mars 2007, 09:30 - Humeurs - Lien permanent
ON DIT QUE TU NE VEUX PLUS TRAVAILLER AVEC NOUS...
Tu ne veux plus travailler avec nous, nous dit-on.
Tu es fourbu, tu ne peux te traîner.
Tu es trop las.
Tu es au bout de ton rouleau.
On ne saurait exiger de toi encore quelque action.
Sache-le donc : Nous l'exigeons.
Si tu es las, si tu t'endors
Personne ne viendra t'éveiller et te dire :
Debout, le repas est prêt.
Pourquoi le repas serait-il donc prêt ?
Si tu ne peux plus te traîner
Tu resteras couché.
Personne n'ira te chercher et te dire :
Une révolution a eu lieu.
Les usines t'attendent.
Pourquoi y aurait-il eu une révolution ?
Quand tu mourras, on te mettra en terre Q
ue ta mort soit ta faute ou non .
Tu dis :
J'ai trop lutté, je ne peux plus me battre.
Ecoute : Si tu ne peux plus lutter, tu périras
Que ce soit ta faute ou non.
Tu dis : j'ai trop longtemps vécu d'espoir, je ne suis plus capable d'espérer.
Et qu'espérais-tu donc ?
Que la lutte serait facile ?
Ce n'est pas le cas.
Notre situation est pire que tu ne croyais.
Voici quelle est notre situation :
A moins d'accomplir des actions surhumaines
Nous sommes perdus.
A moins de pouvoir faire ce que nul ne peut exiger
Nous périrons.
Nos ennemis attendent le moment
Où nous laisserons tomber les bras
Plus le combat est acharné
Et plus las sont les combattants.
Les combattants trop las perdront cette bataille.
Bertolt BRECHT

